L'ancien président bulgare, Roumen Radev, répond à des journalistes, le 19 avril 2026 à Sofia ( AFP / Dimitar KYOSEMARLIEV )
L'ex-président bulgare Roumen Radev a remporté son pari dimanche en arrivant en tête des législatives avec 44% des voix, selon les projections des instituts de sondages, sa formule prorusse mais anticorruption ayant largement séduit l'électorat du pays le plus pauvre de l'Union européenne.
Ce résultat confère à la coalition "Bulgarie Progressiste" de M. Radev, 62 ans, une majorité absolue d'au moins 129 sièges au sein du Parlement qui en compte 240.
A la tête de l'Etat entre 2017 et 2026, Roumen Radev avait démissionné en janvier afin de se présenter aux législatives et son succès rebat les cartes pour former un gouvernement, dans ce pays des Balkans qui votait pour la huitième fois en cinq ans.
L'ex-président bulgare Roumen Radev, le 19 avril 2026 à Sofia ( AFP / Dimitar KYOSEMARLIEV )
Il devance largement les conservateurs (GERB) de l'ancien Premier ministre Boïko Borissov, qui dirigeaient le précédent gouvernement, et les libéreaux du PP-DB, qui enregistraient tous les deux 12% des voix, selon les dernières projections.
Les résultats définitifs officiels ne sont pas attendus avant lundi.
La participation à plus de 51%, au plus haut depuis 2021, selon l'institut de sondage Market Links, démontre que M. Radev incarne, pour une partie des Bulgares, une chance de rassemblement.
Elle était tombée à 39% lors des élections de 2024, illustrant la méfiance généralisée des Bulgares à l'égard de la politique.
"Nous avons surmonté l'apathie", s'est réjoui Roumen Radev devant ses partisans. "C'est une victoire de l'espoir sur la défiance, une victoire de la liberté sur la peur".
"La Bulgarie fera des efforts pour poursuivre sa voie européenne, mais croyez-moi, une Bulgarie forte et une Europe forte ont besoin d'esprit critique et de pragmatisme", a-t-il dit. "L'Europe a été victime de sa propre ambition d'être un leader moral dans un monde régi par de nouvelles règles."
Avant le scrutin, il avait affirmé partager, sur l'envoi d'armes à l'Ukraine, les positions de la Hongrie et la Slovaquie, estimant "ne pas voir l'intérêt pour son pays, pauvre, de payer ".
Mais sans "imposer de veto" à Bruxelles, avait-t-il tenu à préciser vendredi sur la chaîne bTV, conscient des avantages retirés par l'appartenance de son pays de 6,5 millions d'habitants au bloc depuis 2007.
- "Chance historique" -
Boryana Dimitrova, de l'institut de sondage Alpha Research, a précisé à l'AFP que Roumen Radev avait obtenu "deux fois plus de soutien que le GERB, au score bien plus faible que prévu".
Une électrice vote en compagnie de son chien, le 19 avril 2026 à Sofia ( AFP / Dimitar KYOSEMARLIEV )
Selon elle, il ne sera toutefois possible d'évoquer les différentes possibilités pour un futur gouvernement qu'une fois connu le nombre de partis franchissant le seuil de 4% pour entrer au prochain Parlement.
Roumen Radev "a grignoté l'électorat du parti pro-Kremlin, Vazrazhdane", grâce à ses positions ouvertes face aux Russes et anti-élites, a expliqué à l'AFP le politologue Teodor Slavev.
Les sondages montrent aussi que certains électeurs ayant auparavant voté pour des partis pro-occidentaux ont décidé de lui accorder leur confiance lors de ce scrutin.
Boïko Borissov l'a "félicité", tout en rejetant l'idée que Roumen Radev apporte de la "nouveauté". "Gagner les élections est une chose, gouverner en est une autre", a-t-il prévenu.
Affiches électorales des candidats aux législatives bulgares Delyan Peevski (en bas) et Djipo Djipov, le 14 avril 2026 près de Razgrad, en Bulgarie ( AFP / Nikolay DOYCHINOV )
De vastes manifestations anticorruption avaient provoqué la chute de Boïko Borissov, au pouvoir pendant près de 10 ans, et de fragiles coalitions se sont succédé depuis.
L'ancien général de l'armée de l'air ambitionne de s'appuyer sur sa majorité pour mettre un terme à la crise politique que traverse depuis 2021 le pays membre le plus pauvre de l'Union européenne.
M. Radev avait ouvertement soutenu les manifestants et après avoir voté à Sofia, il a déclaré que la Bulgarie avait "une chance historique de rompre une fois pour toutes avec le modèle oligarchique".
"C'est simple: les gens veulent que tout change", s'enthousiasme la retraitée Stiliana Andonova, interrogée par l'AFP.
Gergana Mihailova, une analyste financière de 47 ans, craint, elle, "que la Bulgarie", restée pro-européenne sous les précédents gouvernements, "change son orientation politique" au profit de Moscou.

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